William Leavitt, Untitled, 1982
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Politique du multiple
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séminaire annuel de l’erg
du 4 au 6 février 2015
Bozar, Bruxelles - Salle M et salles Terarken


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Ce qui est défini couramment comme une mutation de l’édition contemporaine semble être un symptôme d’une situation plus large qui touche autant des enjeux économiques, techniques, artistiques que théoriques. Cette situation a comme conséquence une redéfinition de questions et de formes jusqu’à présent bien acquises pour les pratiques liées au livre, ou plus généralement liées aux notions de publication et de transmission d’idées, qu’elles soient graphiques, artistiques ou narratives, voire philosophiques et anthropologiques.
Pour ce séminaire, nous définissons plusieurs axes de travail qui tous à un moment ou un autre travaillent une situation éditoriale contemporaine où le numérique ouvre de nouvelles portes, où des pratiques artistiques contemporaines et historiques liées à l’écriture, à l’édition et à la performance modifient les rôles et les identités des acteurs à l’œuvre, où l’idée du livre et du film comme contenant ritualisé est peut-être à reconsidérer en suivant de nouvelles perspectives, où la fonction sociale d’échange et de création de communautés aussi larges que restreintes peut trouver des orientations spécifiques.
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Cette année le séminaire annuel de l’erg accueillera pour l'une de ses trois journées KARAWANE, plateforme de recherche qui accompagne d'octobre 2014 à mai 2015 le projet de Pavillon « Personne et les autres », initié par Vincent Meessen et Katerina Gregos pour la Biennale de Venise 2015.

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* Vers tirés du poème Sacred Emily de Gertrude Stein écrit en 1913 et publié en 1922 dans Geography and Plays.
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En collaboration avec BOZAR CINEMA, CINEMATEK, Normal, ORPHEUS Instituut, Cinémathèque Afrique, FID Marseille, DISSENT !, Akademie Schloss Solitude
et le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, WBI et du Service culturel de l'Ambassade de France en Belgique.

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Lieu du séminaire : Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles.
Programme sous réserve de modifications
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Eleanor Antin as Eleanora Antinova in Before the Revolution at the Santa Barbara Museum of Art, 1979
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MERCREDI 4 Février 2015
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Matin
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9h – 10h
Ouverture du séminaire :
Accueil par Corinne Diserens

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Jef Cornelis, Richard Hamilton
1971, 36:37, n&b
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10h – 11h
Catherine Perret, Anthropologie du ready-made

Le ready-made est supposé avoir été inventé par Marcel Duchamp en 1913 : c’est la fameuse Roue de Bicyclette. Le nom de ready-made apparaît en 1912 dans les Notes rassemblées pour la Boîte Verte.
Abritée par la réitération de ce nom propre, l’invention duchampienne se poursuit pendant un demi-siècle, Elle se réalise en 1964 avec la réalisation artisanale et en série limitée des ready-mades pour le galeriste Arturo Schwartz.
Entre 1912 et 1964, Marcel Duchamp fait ainsi du ready-made une boussole dans l’exploration d’une question qui nous occupe encore : qu’échangeons-nous sous le nom d’art ? A quelles conditions un acte fait oeuvre? A quelles conditions un objet vaut pour “d’art” ?
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Pause
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11h30 – 12h30
Nenad Romic aka Marcell Mars, Work on Border

Il existe très peu de spécialités dans lesquelles les logiciels ne sont pas devenus la partie essentielle de l’activité et des flux de travail [1]. Comme l'écrit Nathan Ensmenger [2], en adoptant un logiciel, on rassemble des « machines, des personnes et des processus dans un système inextricablement interconnecté et interdépendant » qui va toujours de pair avec « le conflit, la négociation, les disputes sur l'autorité professionnelle et le mélange des programmes sociaux, politiques et technologiques. Le logiciel est peut-être l'ultime technologie hétérogène. Il existe simultanément en tant qu'idée, langage, technologie et pratique. »
À travers un aperçu historique du boundary work (travail sur les frontières du champ organisationnel) [3] ou une démarcation de la science, des disciplines scientifiques et autres champs professionnels et analyses comparatives des mêmes procédés dans le monde des logiciels informatiques, je tenterai d'éclairer le moment précis d'une convergence ou d'une reprise de toutes les écoles de pensées par un élément : la formalisation bureaucratique, et dans sa forme la plus récente : les outils logiciels.

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Workflow
[2] Ensmenger, Nathan. The Computer Boys Take over?: Computers, Programmers, and the Politics of Technical Expertise. Cambridge Mass.: MIT Press, 2010.
[3] Gieryn, Thomas F. 1983. Boundary-Work and the Demarcation of Science from Non-Science: Strains and Interests in Professional Ideologies of Scientists. « American Sociological Review » 48 (6): 781. doi:10.2307/2095325.

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Pause Déjeuner
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Après-midi
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14h00 – 15h00
Bernadette Mayer's "Utopia" (1984) lu par Will Holder pour single mothers (2015, part I)

Une publication orale dans la série «…for single mothers » (depuis 2009), présentant un mâle européen blanc et hétérosexuel préférant reproduire des descriptions de relations typiquement formulées par des femmes et des queers.

Le typographe Will Holder a un jour lu que l'oralité nous amènerait à la condition post-moderne et remet depuis lors en question les états publiés d'objets culturels. Il se sert de la conversation comme modèle et outil pour une série de conditions éditoriales mutuelles et improvisées au moyen desquelles les rôles habituels de commanditaire, auteur, sujet, éditeur, imprimeur et typographe sont improvisés et partagés, et non assignés et prédéterminés.

15h30 – 18h00
Antony Hudek, Fiction Is a Hard Nut to Crack: Eleanor Antin’s Personas on Film

Présentation des films d’Eleanor Antin : The Little Match Girl Ballet (1975, 26:30 min, couleur, son), From the Archives of Modern Art (1987, 18 min, n&b, son) et Fragments of a Revolution (2013, 24:34 min, couleur, son)

Les films et vidéos d'Eleanor Antin, dans lesquels elle joue une danseuse, une infirmière ou un roi, lui permettent de projeter plusieurs « moi » sur elle-même et à l'écran. Ses confabulations (pseudo) autobiographiques se voient reflétées sur le plan de la production : en mélangeant le théâtre, la danse et les codes des premiers films et photographies, Antin donne naissance à des objets paradoxaux pris entre périodes et genres. Le plus paradoxal dans ces films est peut-être le recours à l'histoire, ou aux histoires, qu'elle remet en question à travers la fiction. Pour Antin, les conditions de l'histoire et de la fiction se renforcent mutuellement au point de se lier contre les traditions établies de l'objectivité narrative et des archives.
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Pause
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Soirée, 2 concerts
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20h – 21h
Morton Feldman, Two Pianos (1957)
Morton Feldman, Vertical Thoughts 1 (1963)
György Ligeti, Three Pieces for Two Pianos: Monument, Selbstportrait, Bewegung (1976)
Tiziano Manca, Sui moti apparenti (2010-2014)

Mara Dobresco, piano
Julien Le Pape, piano
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En partenariat avec Orpheus Instituut, Ghent
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La richesse qui surgit du doublement d’un même instrument, et en particulier de l'écriture pour deux pianos, est créée par la superposition de sons ou de lignes mélodiques différentes ou lorsque ces derniers sont joués de manière désynchronisée.
Dans les deux pièces de Morton Feldman, il est donné une grande liberté aux interprètes pour décider de la durée des sons individuels, comment ils décroissent et sont coordonnés entre les interprètes.
Si dans la première des trois pièces de Ligeti, Monument, l'intérêt principal est la différenciation des intensités, dans la deuxième, intitulée Autoportrait avec Reich et Riley (et Chopin y est aussi), le compositeur développe la technique du « blocage des touches ». Enfin, le dernier mouvement, Bewegung, est construit sur des traits ascendants ou descendants d'où certaines notes émergent comme par rémanence.
Le concert est conclu par la composition virtuose de Tiziano Manca qui explore le mode de la réalisation du son à travers la physiologie des musiciens.
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Pause
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22h – 23h
Chris Evans, Morton Norbye Halvorsen et Benjamin Seror, Concert

Concert jouera les morceaux de leur LP, Behave Like an Audience, sorti en 2013 par Sternberg Press, album composés par Concert avec des paroles écrites par les artistes Guy Ben-Ner, Mariana Castillo Deball, Dexter Sinister, Patricia Esquivias, Sharon Hayes, Hassan Khan et Michael Portnoy.
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Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, OH! UOMO, 2004
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JEUDI 5 février 2015

Matin

9h – 10h30
Matthew Stadler et Lisa Robertson, Making Revolution: A Reader

C'est tout naturellement à la suite d'une longue amitié que sont nées ces 1 300 pages densément annotées dans lesquelles est abordée l'idée de la révolution au sens très large – sur le plan cosmologique et esthétique comme sur le plan politique. Comme l'amitié, ce travail s'aligne avec les appétits, les opacités et les plaisirs communs du corps humain. Nous aborderons les habitudes qui ont entraîné la production et la diffusion du livre ainsi que les outils utiles sur lesquels nous sommes tombés en chemin pour ouvrir et partager l'espace avec d'autres. Parmi les sujets, on trouvera de grandes tables, du papier bible, des documents Google, des combines financières, des piscines naturelles, divers fromages, de la lecture, de l'écoute, des annotations marginales, des nappes de pique-nique, des voyages en train et des topographies afférentes.
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Pause
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11h – 12h30
Jean-François Chevrier, Mallarmé : "À qui veut !" ou le public de l'art

"À qui veut !" En 1898, Mallarmé avançait cette formule en réponse aux critiques de Léon Tolstoï dans Qu’est-ce que l’art ? La question de l’art était posée entre deux métropoles, aux deux extrémités de l’Europe. Il s’agissait de savoir à qui s’adressent les artistes. Tolstoï répond : au peuple, à tout le monde, sans exclusive. Il condamne « l’obscurité » de Mallarmé. Celui-ci répond que l’artiste ne s’adresse pas à tout le monde mais à qui veut : un public socialement et idéologiquement indéterminé, constitué toutefois d’individus favorablement disposés, suffisamment intéressés.
La controverse qui opposa les deux écrivains, le romancier évangélique et le poète athée, est datée, mais elle éclaire la situation actuelle. La question de l’art posée en termes d’adresse concerne la définition du public moderne et celle de toute communauté constituée dans la sphère publique.
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Pause déjeuner
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Après-midi
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14h – 15h00
Will Holder proposera une organisation d’information dans un « inventaire matérialiste » (Boris Arvatov) de propriétés vocales, physiques et éditées.
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Pause
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16h – 17h
Alma Söderberg et Hendrik Willekens, Idioter

Depuis plusieurs années, la chorégraphe et danseuse suédoise Alma Söderberg fait parler d’elle avec de surprenants solos qui mettent les rythmes de la langue, du son, de la musique et du chant en relation avec ceux du corps en mouvement. En 2014, elle crée un duo avec l’acteur et dessinateur belge Hendrik Willekens. Idioter – le titre renvoie à la quête de ce que nous ne pouvons pas encore nommer – se déploie sur plusieurs niveaux, à la fois indépendants et intimement entrelacés : Söderberg développe une partition chorégraphique pour son, langage et mouvement ; Willekens trace des dessins en perspective ; ensemble, ils font de la musique avec un sampler et une boîte à rythme. Le résultat est un concert-performance qui s’invente devant les spectateurs à chaque représentation. Idioter est un audacieux collage audiovisuel de mouvements, de sons et d’images.
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Soirée

19h – 22h30
Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi

Les réalisateurs italiens Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi présentent leur travail en dialogue avec Jean-Pierre Rehm, directeur du FID, Marseille.

En collaboration avec la CINEMATEK qui, à partir du 7 février, présente un cycle de films de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, ainsi qu'une carte blanche -
http://www.cinematek.be/?node=17&event_id=100169400

19:00 Projection
OH! UOMO
2004, couleur, son, 72 min
Une enquête puissante sur les dommages irréparables de la Première Guerre mondiale sur des vies humaines, Oh! Humanité est un titre exclamatif tiré d'une citation de Leonardo da Vinci selon laquelle la seule vue des horreurs de la guerre peut réveiller et renouveler la conscience humaine. Déterminés à organiser les images d'archives qui composent le film, Gianikian et Ricci Lucchi créent deux grandes catégories : d'une part des enfants réfugiés, malades, orphelins et sous-alimentés et d'autre part des vétérans gravement défigurés. En obligeant systématiquement le public à se confronter d'un seul coup aux ravages de la guerre, au regard apparemment imperturbable du réalisateur et à sa propre tolérance aux images, il se forme une méditation dévastatrice et presque paralysante sur la volonté de destruction de l'homme. Réplique fine à la complaisance du public, Oh! UOMO est également un témoignage audacieux du pouvoir de déplacement de l'image pour réveiller le spectateur et pour objectiver le sujet de la caméra.

20:15
DISCUSSION: Yervant Gianikian, Angela Ricci Lucchi et Jean-Pierre Rehm

Pause

21:30 Projection
TOPOGRAFIA AEREA
2008, couleur, 8 min, sans dialogue
Entre 1915 et 1916, en automne, en hiver ou au printemps, un avion militaire de reconnaissance volait au-dessus d'une zone montagneuse inconnue, peut-être le début des Alpes. Plutôt que d'utiliser une caméra normale 13 x 18 fixée sur l'aile pour obtenir des images topographiques, on a eu recours à une caméra 35 mm mobile afin de filmer le territoire sous-jacent depuis plusieurs angles. Nous ignorons de quel côté de l'avion on se trouve. On ne voit en effet jamais l'avion entièrement, uniquement des détails, et plus précisément l'extrémité basse de l'aile droite. Les deux barres verticales reliant les ailes ressemblent quelque peu à celles du Brandebourg CI. L'avion comportait deux sièges ; le cockpit du pilote était placé en dessous des ailes, et l'autre, situé à l'arrière, était utilisé par l'observateur-mitrailleur, et dans ce cas précis par le caméraman. Nous supposons que l'avion était armé. Le Brandenburg était plus connu sous le nom d'Albatros ; au moins l’un d’entre eux, qui était utilisé à des fins militaires, a été conservé intact par les Italiens. Il pouvait atteindre une altitude de 5500 mètres et une vitesse avoisinant les 176 km/h. Les images montrent une géographie aérienne complexe, composée de différents éléments. La topographie d'un village que l'on ne parvient pas à distinguer, avec des bâtiments bas qui ont poussé ça et là sur un terrain plan, groupés en blocs bien distincts, apparaît à travers les nuages qui annulent presque les prises de vue, le tout filmé depuis une altitude « sûre ».

LO SPECCHIO DI DIANA (DIANA'S LOOKING GLASS)
1996, couleur, 31 min, sous-titres anglais
Le film est basé sur des images éparpillées rassemblées dans une nouvelle forme de compilation. Deux bateaux de Caligula se trouvent au fond du Lac Nemi. Afin de les récupérer, on assèche le lac. 1926-1940 : la période du film-journal de bord, la destination d'une forêt mythologique et le lac, l'histoire industrielle qui utilise l'archéologie pour documenter la recherche de « Romanité », les racines du fascisme et ses origines impériales. C'est Mussolini qui est à l'origine de ces recherches. Le 20 octobre 1927, il fait levier pour démarrer l'assèchement du lac. Dès l'été suivant, le premier bateau est complètement visible après une réduction de 20 mètres du niveau du lac. Le bateau mesure 64 mètres de long et 20 mètres de large. Quelques années plus tard, le deuxième bateau fait surface. Un sourcier armé d'une pendule cherche le troisième bateau de Caligula dans la boue, en vain.
L'image publique de Mussolini, qui rentre de Nemi le 21 avril 1940, change. Il inaugure le musée dans lequel les deux bateaux sont exposés. Il reçoit de la foule les cadeaux rituels, réminiscences de l'ancienne légende du lac Nemi.
Le mythe de Diana. La légende. Le Rameau d'or.
Turner lors de ses voyages en Italie en 1819. Près du lac Nemi, il peint « Le Rameau d'or, le mythe de Diana ». Dans son ouvrage, « Le Rameau d'or », James G. Frazer décrit le mythe et la légende. Ludwig Wittgenstein consacre un livre au travail de James G. Frazer : Notes sur le rameau d'or. Le lac Nemi est le miroir de Diana. Un gardien veille sur sa forêt : le roi de la forêt. Il est à la fois roi et tueur. Un esclave évadé pourrait casser une branche en or de l'arbre sacré et tuer le roi. Tous les rois prêtres ont connu une mort violente. A l'époque des Romains, Caligula renouvelle le mythe de Diana et assassine le dernier prêtre. Sur le lac, il construit deux grands bateaux, qui sont peut-être des temples flottants. Après une mort violente en 41 av. J.-C., les bateaux coulent mystérieusement lors d'une tempête. Une légende originale : « Monument aux Romains – expertise dans la construction de navires de guerre avec lesquels les Romains ont conquis l'empire et maintenu cette domination pendant des siècles. » Le film documente l'idée métaphysique du rêve de la conquête d'un empire, à partir de sa mise en œuvre pratique lors de la campagne africaine. De la période lors de laquelle Mussolini entre à Tripoli en 1926 pendant son « année napoléonienne » aux gaz moutarde utilisés en Éthiopie en 1935 et 1936.
Épilogue : le musée et les bateaux sont détruits dans un feu allumé par les soldats allemands en fuite.

ARIA
1994, couleur, son, 7 min
Aria est composé de deux éléments: des documents d'expériences scientifiques sur l'air ainsi qu'un film métaphorique réalisé au début du siècle. Cet ensemble est retravaillé sur les images cachées et laisse apparaître des symboles cosmiques, accompagné d'un extrait du Siegfried de Wagner.

ANIMALI CRIMINALI
1994, couleur, son, 7 min
Images réunies et détournées par Comerio pour valoriser l'idéologie fasciste (des mains invisibles poussent des animaux de toutes tailles à se battre entre eux), retravaillées par les cinéastes pour retrouver la séquence originelle.

FRAMMENTI ELETTRICI n° 1. ROM – UOMINI
2002, couleur, son, 13 min
Fin des années 1940, un bourgeois, cinéaste amateur accompagné de sa famille, rencontre et filme, sur les bords d'un lac du Nord de l'Italie, une famille de Tziganes. Ce sont des Roms qui reviennent en Italie après le génocide subi par leur peuple dans les camps nazis.

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Vincent Meessen, Location photograph for "Un-Deux-Trois", Kinshasa, décembre 2014
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VENDREDI 6 Février
KARAWANE, plateforme de recherche de l'erg
pour le projet de Pavillon « Personne et les autres », initié par Vincent Meessen et Katerina Gregos pour la Biennale de Venise 2015.
En collaboration avec Normal, Bruxelles et Cinémathèque Afrique
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Matin
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9h00 – 9h30
Mweze Ngangura, Kin Kiesse
1982, 28 min, couleur
Kin Kiesse est un portrait ludique de Kinshasa, capitale de ce que fut le Zaïre (aujourd’hui RDC), capitale des paradoxes et de la démesure, commenté par le peintre congolais Cheri Samba. On y traverse la « Kin » des boîtes de nuits, des buildings, des pousses-pousses, des cireurs de chaussures, des coiffeurs, la « Kin » des quartiers pauvres mais surtout la « Kin » de la musique où tous les genres se côtoient, depuis les fanfares de la fête de la bière, jusqu'à la rumba et aux danses dites traditionnelles, en passant par les orchestres les plus branchés.
Co-production franco-zaïroise, Kin-Kiesse fut primé à Ouagadougou (FESPACO ’83), à Hammamet (CIRTEF ’83), et fut sélectionné pour INPUT ’86 à Montréal.

Simon Hartog, Soul in a White room
1968, 3 min 30 sec, couleur
Soul in a white room a été filmé par Simon Hartog en 1968. Dans le court figure Omar Diop Blondin, étudiant sénégalais à Paris qui avait activement participé dans les manifestations du printemps 1968. Il joue dans La chinoise de Jean-Luc Godard, avant d’être expulsé de France, et de participer aux protestations contre la politique pro-française du président sénégalais Senghor, violemment réprimées par le gouvernement. En 1973, Diop est assassiné en prison au Sénégal à 26 ans. La bande son repose sur la chanson Cousin Jane du groupe britannique The Troggs.

9h30 – 10h30
Vincent Meessen et Katerina Gregos, autour de Personne et les autres, Recompositions

Fraîchement débarqué de Kinshasa, Vincent Meessen évoque son travail de recherche et son approche collaborative ici articulés autour de la reprise d'une forme musicale inédite et pourtant composée en plein mai 1968 par un étudiant congolais affilié à l'Internationale situationniste.
Dans une perspective pragmatique, il confronte ses intentions à leur mise à l'épreuve. Excédant le champ musical, l'activité de composer est ici approchée comme une façon d'établir des corrélations à travers le temps et l'espace et conjointement, de produire une mutation réciproque de subjectivité via le polyphonique et l'hétérogène.

Katerina Gregos donnera un aperçu du projet pour le pavillon belge, Personne et les autres, en en présentant les idées clés et les artistes. L’exposition vise à mettre en question les notions traditionnelles de représentation nationale au sein de la biennale, à réfléchir à l’héritage de l’internationalisme et met en question l’idée eurocentrique de modernité en examinant un héritage d’avant-garde partagé et marqué par une hybridation artistique et intellectuelle entre l’Europe et l’Afrique.

10h45 – 11h50
Raoul Peck, Lumumba : La mort du prophète
1992, 69 min, couleur, en français avec sous-titres anglais
Ce documentaire sur le premier ministre du Congo indépendant, Patrice Lumumba, et son rapide assassinat, est une riche réflexion sur les processus et méthodes de souvenir et la mémoire. Peck crée un film qui va au-delà de la simple préservation d’une archive historique. De plus, le film réalise un travail historique analytique tout comme il plonge dans l’archive historique conflictuelle à travers laquelle on se souvient de Lumumba. Le réalisateur Raoul Peck assure le commentaire du documentaire tout en reconstruisant une histoire qui entrelace ses propres expériences personnelles et les circonstances autour du meurtre de Lumumba. Peck est en Belgique et utilise des images de Bruxelles pour établir sa localisation et contraster avec les séquences historiques qu’il combine pour raconter l’histoire de Lumumba. Peck utilise une approche expérimentale afin de révéler les formes actuelles de censure culturelle qui ont tenté de supprimer Lumumba et son héritage.
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Pause
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12h15-13h15
Maryam Jafri, Between Storyboard and Grid: Some Recent Photo Works
Suivi d’une discussion avec Katerina Gregos

Maryam Jafri présentera certains de ses récents travaux photographiques, dont son projet en cours depuis 2009, Independence Day 1934-1975, qui sera exposé lors de sa monographie à Betonsalon-Centre d’Art et Recherche à Paris en mars 2015. Independence Day 1934-1975 est alimenté par un intérêt pour des questions d'héritage et d'archives, et le rôle de la photographie dans la formation de récits historiques et nationaux durant le processus de décolonisation en Asie et en Afrique. Elle évoquera aussi brièvement sa série de photos en lien avec ce projet : Getty vs. Ghana, Corbis vs. Mozambique, Getty vs. Kenya vs. Corbis (datant toutes de 2012) centrées sur les droits d'auteur, la numérisation et la propriété étrangère d'un héritage national. Ces trois travaux, ainsi qu'un nouveau projet spécialement commandé par le Pavillon, seront présentés au Pavillon belge lors de la Biennale de Venise.
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Pause déjeuner
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14h – 15h
Marc Dachy, "Dans la vie n'est intéressante que la fantaisie chevauchant le hasard": Génie de Clément Pansaers. Son œuvre et sa revue Résurrection

Au départ de ses travaux sur les avant-gardes, quand il n’avait pas vingt ans, Marc Dachy s’est dédié à révéler la figure de Clément Pansaers dont il a publié des inédits, puis l’ensemble de l’œuvre poétique (« Bar Nicanor » aux éditions Champ Libre / Gérard Lebovici, 1986) et lui a consacré un numéro spécial, « Meeting pansaérien » de la revue « Plein Chant » (n° 39-40) ainsi que des études, des articles. Mort très tôt en 1922, Clément Pansaers est l’auteur d’une œuvre fulgurante, l’un des écrivains dadas les plus impressionnants. Son œuvre s’inscrit dans un contexte politique où il manifeste anticolonialisme et sympathie pour la révolution spartakiste à Bruxelles en compagnie de son fabuleux ami Carl Einstein dont il publia le roman cubiste, « Bébuquin », en français, dans sa revue pacifiste et internationaliste « Résurrection ». De tout cela, Marc Dachy nous entretiendra.

15h – 16h
Discussion entre Gérard Berréby et Gilles Collard, La Révolte et son double

Le nouvel équilibre politique mondial de l’après-guerre a suscité une autre critique sociale, autour de la revue Socialisme ou Barbarie principalement, et dirigée conjointement contre les deux pôles, stalinien et libéral, du capitalisme triomphant. Une nouvelle révolte des artistes est venue confirmer alors la sentence dadaïste de la mort de l’art mais en s’engageant à « réaliser l’art » dans tous les aspects de la vie, y compris politique, par le renversement violent de l’ordre actuel. Simultanément, des constats horrifiés témoignaient de la parfaite soumission des pauvres à leur vie misérable et du complet mépris de la vie de certains groupes d’insoumis pour qui le « grand jeu » passait par la mort et par la trahison. La méfiance à l’égard des idées générales, de soi-même, et de cette méfiance elle-même, s’est exprimée à l’époque dans quelques œuvres originales.
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Pause
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16h30 – 17h45
Kenza Sefrioui, Souffles : Pionnier dans la pensée d'une politique culturelle au Maroc

La revue Souffles (1966-1972), a rassemblé poètes, artistes et intellectuels qui voulaient parachever l’indépendance du Maroc. Abdellatif Laâbi, Mostafa Nissabouri et Abraham Serfaty et leurs camarades, dont certains ont transformé cette revue culturelle en tribune du mouvement marxiste-léniniste marocain, se proposaient de décoloniser la culture. Les auteurs de Souffles s’inquiétaient de l’état du champ culturel au Maroc : l’absence d’une politique culturelle étatique ne permettait pas la structuration ni l’épanouissement de ce secteur, qui doit être un levier de développement humain, social et économique. La priorité donnée au tourisme conduisait à la folklorisation de la culture, réduite à des produits de basse qualité, figée dans des stéréotypes et privée de sa vitalité et de sa force novatrice. Ce projet, sciemment orchestré par le régime, qui ainsi imposait son pouvoir autoritaire et réactionnaire, avait pour conséquence l’absence d’un circuit économique de la culture sain permettant aux artistes de vivre de leur art, la prolifération de productions médiocres et la dépendance des artistes et des publics aux circuits étrangers, d’où un risque d’acculturation. Aujourd’hui, le constat de Souffles reste d’actualité, et Abdellatif Laâbi a lancé, en avril 2010, un appel pour un Pacte national pour la culture, relayé par la société civile.

Marion von Osten, L'esthétique radicale dans le magazine marocain d'avant-garde Souffles

Le magazine Souffles, publié à Rabat de 1966 à 1972 est souvent perçu comme un magazine littéraire d'avant-garde et rarement comme une entreprise transnationale et interdisciplinaire représentant des discours translocaux dans les arts visuels et les films ainsi que des manifestes et prises de position du mouvement de solidarité tricontinental. Les relations et les transferts entre les pratiques artistiques radicales et les discours anticoloniaux, les conditions de leur production ainsi que le contexte transnational dans lequel des propositions esthétiques ont émergé et ont été diffusées sont aujourd'hui centrales pour moi en tant qu'artiste, écrivaine et réalisatrice de films et d'expositions. D'une part, dans une quête d'affinités intergénérationnelles à travers la méditerranée au-delà des descriptions binaires communes d'une production culturelle africaine et européenne, et d'autre part parce que les relations exprimées dans le magazine – de productions artisanales locales à la relecture de l'héritage Bauhaus – , renvoient aussi à des discussions autour de la « transculturation », des économies précapitalistes, des tournants pédagogiques et de la fonction sociétale de la production de culture et de l'art.

Suivi d'une discussion, modératrice Lotte Arndt

17h45 – 19h00
Clôture : Discussion entre Catherine David et Vincent Meessen
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Soirée
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20h - 22h30
Carte Blanche à Jean-Pierre Rehm, Directeur du FID - Festival International du Cinema de Marseille.
Jean-Pierre Rehm introduira chaque film et une discussion clôturera la soirée.

En collaboration avec FID Marseille et DISSENT !, une initiative d'Argos, Auguste Orts et Courtisane, dans le cadre du projet « Figures of Dissent » (KASK/Hogent)

Salomé Lamas, No Man’s Land,
Portugal, 2012, 72 min
Paulo est-il un mythomane ? On ne le saura jamais, mais ce sont ses récits qui mènent ici la danse macabre d’une existence guidée par les armes. Cadres fixes, intérieur unique et dépouillé, la caméra enregistre ses mots et son masque bonhomme. Débuté simple soldat en Angola, dit-il, mais zélé à couper les oreilles des noirs pendant la guerre d’indépendance suite à la colonisation portugaise, puis mercenaire ici et là, et enfin à la solde de divers états européens contre le mouvement basque, Paulo frime calmement sur sa méchanceté, sur son efficacité et ses capacités de tueur samouraï, jusqu’à ce que la caméra le quitte pour le retrouver au milieu d’immigrés africains, à faire la cuisine sous un pont, clochard typique, pathétique, désarmé soudain à jouer la bonniche. Parcours véridique quoi qu’il en soit, de quelqu’un qui a toujours confondu l’horreur et l’ordinaire, et ne s’est nourri que de mythologies grossières et conquérantes.
Catalogue FIDMarseille 2013

Pere Portabella, Mudanza,
Espagne, 2008, 20 min
Mudanza, Grenade, la maison familiale du poète Garcia Lorca. On n'y verra personne, sinon le ballet des déménageurs qui vident une à une toutes les pièces de leurs meubles, tableaux, etc. Restera une demeure vide, emplie de lumière et de traces, devenue comme le cénotaphe du poète assassiné en 1936 par les fascistes, et dont le corps n'a jamais été retrouvé. Portabella, à la caméra d'une virtuosité impressionante, compose ici, soixante-dix ans plus tard, plus qu'un hommage : une élégie funèbre.
Jean-Pierre Rehm. Catalogue FIDMarseille 2010

Apichatpong Weerasethakul, Phantoms of Nabua
Thaïlande, 2009, 11 min
C’est le soir, un néon éclaire un terrain de jeu désert. À l’écart, sur un écran de fortune de plein air, se distingue l’image d’un village battu à rythme régulier par un éclair. La nuit enfin tombée apparaissent quelques silhouettes de jeunes garçons. À tour de rôle, ils poussent du pied un ballon enflammé qui dessine des traits incandescents dans l’herbe. Toutes les lumières, le néon, l’éclair, le feu se font écho au milieu d’une fumée qui s’élève du sol. Le jeu se précipite jusqu’à ce que le ballon touche l’écran et le consume, provoquant un nouveau spectacle que la petite bande va contempler, dénudant le faisceau du projecteur, rayon sans image.
En extrêmement ramassé, ce film entend évoquer un événement historique précis : la guerre et la destruction d’un village, Nabua.
Catalogue FIDMarseille 2010

Benjamin Tiven, A Third Version of the Imaginary
Kenya/USA, 2012, 12 min
Dans ce film très court, très dense, on voit et on entend, comme rarement. Dans un lieu qui fait office de cinémathèque à Nairobi, guidé par un responsable des lieux, on suit la présentation d’archives tournées au Kenya. Des difficultés objectives de conservation, on passe soudain à d’autres. La question de la langue, de la représentation telle que la langue Swahili la formule à des motifs liés à la censure, c’est le lien entre image, langage et censure qui se font jour. Et de cet ensemble complexe, Benjamin Tiven n’en fait jamais le sujet — mais la matière même de son propre film fort judicieusement énigmatique.
Catalogue FIDMarseille 2013

Lee Lynch et Lee Ann Schmitt, Bower’s Cave
USA, 2008, 14min
C'est à l'histoire des indiens et à leurs archives que s'attache Bower's Cave. Comment rendre hommage à leur culture, à leur histoire ? Comment filmer leur production artisanale, artistique ? C'est, en toute rigueur muséologique et cinématographique que le couple s'applique ici.
Catalogue FIDMarseille 2009
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Nida Sinnokrot, As In Those Brief Moments, 2011-2013
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Salles Terarken 2 et 3
4, 5 et 6 février 2015

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Nida Sinnokrot, As In Those Brief Moments
2011-2013

En collaboration avec Akademie Schloss Solitude, Stuttgart

As In Those Brief Moments est une continuité du travail de Nida Sinnokrot, développant ce qu'il qualifie de « cinéma horizontal ». Avec cette boucle de film horizontal, la mécanique de l'appareil projectif tourne littéralement les projections traditionnelles de leur côté et les dépouille de leur formalisme. La boucle passe à travers plusieurs projecteurs modifiés en voyageant sur le plan horizontal plutôt que vertical. Étant donné que le film est réalisé la caméra tournée à 90°, les images deviennent orientées correctement lorsqu'elles sont projetées. En outre, dans la mesure où les projecteurs ne comportent pas d'obturateurs, les lignes du cadre sont visibles, réminiscence d'une séries de photographies de Muybridge. L'illusion du mouvement est atteinte grâce à un effet « par étapes » plutôt que via une intermittence de vision, et puisque plusieurs images sont projetées simultanément, on parvient à une sémantique architecturale ainsi que d'image à image. Les images projetées ne sont pas limitées par le traditionnel 24 images/seconde mais défilent à des vitesses allant de 0 à 100 images par seconde en fonction de l'interaction du public. Les parties constitutives du vocabulaire cinématographique sont donc reconstruites. Des images qui précèdent et suivent créent plusieurs plans dans lesquels le passé, le présent et l'avenir existent simultanément en tant que fonction vitesse. Cette grammaire autre est une extension naturelle de l'expression de la diaspora et de l'immigration, dont la conscience est alimentée par de multiples localisations antérieures.

Chimurenga, autour d’une publication transnationale

Chimurenga est une structure éditoriale panafricaine d'écriture, d'art et de politique fondée en 2002 par Ntone Edjabe et basée en Afrique du Sud. Pour le séminaire, Chimurenga met à disposition pour consultation l’ensemble de ses publications imprimées et en ligne, retraçant depuis sa création l’histoire de ses multiples projets éditoriaux (journaux, revues, livres et radio en ligne).

MERCREDI 4 Février à 18h, projection exceptionnelle de
Herbert Danska: Right On!

USA, 1970, 78 min

Réalisé par Herbert Danska. Produit par Woodie King, Jr. With Gylan Kain, David Nelson, Felipe Luciano. Décrit comme « une conspiration de rituel, de théâtre de rue, de musique soul et de cinéma », Right On! est un « film-concert » pionnier, un aperçu captivant du sentiment noir dans l'Amérique des années 1960 et un précurseur de la révolution Hip-Hop dans la culture musicale. Filmé « à la guérilla » dans les rues et sur les toits du lower Manhattan, on y voit les Last Poets jouer 28 morceaux adaptés de leur concert légendaire Concept-East Poetry au Paperback Theater de New York en 1969. Sorti presque en même temps que le film Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles's, Right On! a été décrit par son producteur comme le « premier film vraiment noir » ne faisant « pas de concession linguistique ni symbolique pour le public blanc ». Rarement projeté pendant plus de trente ans, il a récemment été restauré à partir d'un négatif 35mm par le Museum of Modern Art avec le soutien du Celeste Bartos Fund for Film Preservation and Paul Newman (San Francisco).
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Coordination : erg (école supérieure des arts), Bruxelles / Camille Pageard

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Information : sammy.del.gallo@erg.be