Isabelle Stengers

La Science fiction comme exercice spéculatif

Que sera notre monde dans quarante ans ? Voilà une question à ne pas poser aux spécialistes des sciences dites humaines, ce n’est pas de la science, diront-ils. Mais c’est une bonne question si elle porte sur les futurs dont le présent est porteur, ceux que le présent nous rend capables de fabuler aujourd’hui. Et si la littérature de science fiction désignait (entre autres) ce que les sciences humaines s’interdisent, au nom du sérieux scientifique : envisager le présent à partir des possibles dont il est porteur ? Et si les écrivains de science fiction faisaient exister, à chaque époque, les mondes auxquels nos imaginations peuvent donner consistance ? Ressusciter l’homme de Néanderthal - un biotechnologue, George Church, a récemment soulevé cette hypothèse scandaleuse. Scandale ? Oui, sauf si l’opération prend sens dans un monde où la question «qui compose l’humanité ?» est devenue cruciale....

Isabelle Stengers, chargée de cours à l’Université Libre de Bruxelles. Ses travaux ont d’abord porté sur le problème de la physique confrontée aux problèmes du temps et de l’irréversibilité, (avec I. Prigogine La nouvelle alliance, et Entre le temps et l’éternité), puis sur la question des sciences avec L’invention des sciences modernes, et Histoire de la chimie, écrit avec B. Bensaude-Vincent. Elle développe aujourd’hui une perspective constructiviste et spéculative tant dans les questions scientifiques (Cosmopolitiques, L’hypnose en magie et science, La Vierge et le neutrino) que philosophiques (Penser avec Whitehead) et politiques (La sorcellerie capitaliste, écrit avec Philippe Pignarre, Au Temps des Catastrophes, et, avec Vinciane Despret, Les faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la pensée ?).