Hervé Joubert–Laurencin

Hayao Miyazaki, le basculement narratif

De même que le moment de départ du chanté-dansé dans les comédies musicales traditionnelles hollywoodiennes marque un brusque basculement dans un monde différent, qui reste pourtant le même, moment que Jacques Demy appelait, pour ses propres films musicaux, le passage au monde “en-chanté”, de même les somptueux dessins animés populaires d’Hayao Miyazaki proposent toujours un moment, ou plusieurs, où le monde classique, humain, rationnel, vécu, réaliste, bascule dans un autre, non moins réel, rationnel, vivable, mais différent, comme si de rien n’était, alors que, visiblement, quelque chose est, et même beaucoup de choses sont. On tentera de dire quelque chose de cette chose “quelconque”.

Hervé Joubert–Laurencin est professeur d’esthétique et d’histoire du cinéma à l’université de Paris Ouest-Nanterre. Il contribue depuis vingt-cinq ans à traduire et à faire connaître en France l’œuvre cinématographique, politique, poétique et théâtrale de Pasolini. Il travaille actuellement sur les écrits suscités par le cinéma (notamment les œuvres occultées ou oubliées d’André Bazin et d’André Martin), et les relations du cinéma avec le dessin et les nouvelles formes hybrides issues de l’animation, afin d’essayer de penser l’idée de mutation des images sur un mode mineur et non impérial ou technologique, avec l’aide de ce que nous a légué le cinéma. Derniers ouvrages parus : Opening Bazin (dir. avec D. Andrew, Oxford, New York, 2011), Quatre films de Hayao Miyazaki (Paris, 2012), Salò ou les 120 journées de Sodome (Paris, 2012).