Zooetics, Mycomorphlab, 2015
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Quand fondra la neige, où ira le blanc*
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séminaire annuel de l'erg
8, 9 et 10 février 2016
Bozar, Bruxelles - Salle M et salles Terarken
Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles
www.bozar.be

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Le séminaire rassemble étudiants, chercheurs, enseignants et est ouvert au public autour de conférences, discussions, projections, moments musicaux et performances, l'erg invitant des philosophes, historiens, scientifiques, artistes, écrivains, danseurs, cinéastes et musiciens à présenter leur oeuvre et partager leurs recherches et travaux en cours.
L'erg est pleinement investie dans la recherche en art et le séminaire annuel y participe activement, ne considérant pas l'histoire et la théorie comme des entités séparées des pratiques artistiques, mais bien au contraire comme une part nécessaire et inhérente à tout projet pertinent dans le contexte artistique d'aujourd'hui. Il puise dans les ressources de recherches scientifiques, technologiques et artistiques, développant des prototypes, modèles et formats pédagogiques.
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Ce séminaire propose d'interroger et de considérer comment l'attention participe à la construction de soi, comment d'un point de vue de l'histoire de la philosophie nos choix économiques nous forment (et déforment), explorant l'absurdité de l'environnement de travail moderne, de l'idéal architectural de l' « urbanité par la densité » supposant offrir un sentiment de communauté et notre enthousiasme pour les technologies de la « connaissance partagée », mais également le fossé entre la violence de la machinerie anonyme de l'administration et l'idéal de "relâchement" visé par certaines techniques de danseurs.
Il explorera des questions autour de la maîtrise de notre propre esprit et d'emprise dans les pratiques artistiques, de l'espace de la marge et de la figure du fantôme dans un régime performatif du solo, de la frontière ténue qui sépare la raison de la déraison à travers un travail d'écriture cinématographique et musical, de comment faire société loin du langage et d’en enregistrer les traces et formes afin qu'une mémoire de gestes et d'images surgis du réel puisse sédimenter, interrogeant ainsi les rapports entre norme, maladie et folie, au croisement de la politique, de l’économie et de la psychiatrie.
Seront présentés des travaux artistiques en cours qui, partant d'expériences destinées à explorer de nouvelles approches du savoir humain – les méthodes scientifiques et l’infrastructure institutionnelle –, d’entreprendre des recherches auprès d’autres formes de vie – des mammifères aux mollusques en passant par les microbes –, imaginent des projets, des prototypes et des interfaces pour de futures écologies inter-espèces.
A travers l'étude de récit littéraire, d'archives scientifique et cosmologique, il sera question de la physique quantique et nucléaire et la responsabilité scientifique, ainsi que de l'anthropocentration, la manière dont nous imposons nos idées au monde qui nous entoure et l'incertitude des motivations humaines.
C'est autour d'une part de l'économie des sacrifices et l'analyse des mécanismes par lesquels s’est instauré le dogme de l’incarnation et de la transsubstantiation et d'autre part l'exploration collective d’archives filmiques du Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) afin d'en renouveler les regards que se termineront les journées du séminaire avant une soirée de danse, de projections, de performance théâtrale filmée live et de films expérimentaux offrant une sensation spatio-temporelle propre à l'expérience chorégraphique et cinématographique.
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Le séminaire Quand fondra la neige, où ira le blanc accueillera les interventions et les œuvres de :

Polina Akhmetzyanova – Cyriaque Villemaux, Santiago Borja, Matthew B. Crawford, Tacita Dean, Fernand Deligny – Renaud Victor, Michael Frayn – Michel Bitbol, Aglaia Konrad – Raphaël Pirenne – Alexander Schellow – Anna Seiderer – Patricia Van Schuylenbergh – Grace Winter, Latifa Laâbissi – Christophe Wavelet, Dominique Lambert, Jorge León – George van Dam – Isabelle Dumont, Catherine Perret, Sylvain Prunenec, Pascal Rousseau, Anri Sala – Jemeel Moondoc, Béla Tarr, Gediminas & Nomeda Urbonas – Rikke Luther – Jaime Stapleton, Koyo Yamashita - Julian Akira Ross, parmi d’autres invités (sous réserve de modifications).

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.En co-production avec BOZAR CINEMA,
en collaboration le Musée Royal de l'Afrique centrale, Le P'tit Ciné, Université Paris 8 Vincennes-St-Denis, P.A.R.T.S.
et le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et WBI (Wallonie – Bruxelles International)

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* tiré d'un tableau de Remy Zaugg
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mains de George © Jorge León
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lundi 8 février 2016, Bozar, Salle M et Salle Terarken
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10:00 Salle M
Accueil par Corinne Diserens, directrice de l'erg

10:30 Salle M
Conférence d'ouverture de Matthew B. Crawford
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Matthew B. Crawford est philosophe et mécanicien. Il est l’auteur d’Éloge du carburateur, essai sur le sens et la valeur du travail (2010) et de The World Beyond Your Head : On Becoming an Individual in an Age of Distraction (2015).
Dans The World Beyond Your Head, Crawford explore le défi posé par la maîtrise de notre propre esprit. Nous récriminons souvent la fragmentation de notre vie mentale, assiégée par des forces extérieures qui amenuisent notre concentration et troublent notre équilibre. Pour s’en prémunir, avance Crawford, il nous faut nous pencher sur la manière dont l’attention influence notre être. Traitant entre autres sujets de l’éducation de nos enfants, de la conception des espaces publics et de la démocratie, cet ouvrage aborde la vie contemporaine avec une pertinence salvatrice.
Dans Éloge du carburateur, Crawford donne vie à une expérience, auparavant répandue, mais qui dans nos sociétés actuelles est en passe de disparaître – l’expérience de construire et de réparer des objets avec nos mains. Ceux d’entre nous qui travaillent dans un bureau se sentent souvent déconnectés du monde matériel ; nous éprouvons un sentiment de perte et ne parvenons pas à réellement décrire ce que nous faisons de nos journées. Éloge du carburateur entend redonner leurs lettres de noblesse aux métiers manuels, qui constituent des choix de vie exceptionnels. Crawford propose à tous ceux qui se sentent entravés par le monde matériel qui les entoure de regagner un certain degré d’autonomie.
Lors de ses interventions publiques, Crawford puise dans l’histoire de la philosophie pour réfléchir à la manière dont nous sommes façonnés (et déformés) par nos choix économiques. Ce faisant, il explore en profondeur l’absurdité du lieu de travail moderne, la psychologie du consumérisme et quelques unes des conséquences les plus farfelues de notre enthousiasme pour la technologie. Avec un humour souvent grinçant, mêlant récits sur la vie contemporaine et arguments fouillés, il s’efforce d’illustrer la lutte que nous menons pour mener une vie plus entière et de comprendre la nature de cette dernière.

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pause
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12:00 Salle Terarken
Polina Akhmetzyanova, Cyriaque Villemaux, Intégration
Pour un duo chorégraphique post-administratif (travail en cours)

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Avec le soutien de P.A.R.T.S., Carthago, PACT Zollverein, Akademie Schloss Solitude
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Intégration fait écho aux démarches administratives endurées par quiconque prétend déposer un « dossier de Cohabitation légale » — sans lequel aucun titre de séjour ne saurait être délivré à tout ressortissant non européen vivant avec une personne européenne. Pour ce faire, la machine administrative fait entre autre injonction aux requérants de rendre public l'intime, en mettant à disposition des autorités les correspondances amoureuses, ainsi que tout autre « preuve » témoignant d'une relation privée entre adultes consentants. Les documents exigés au titre de cette procédure sont alors destinés à être auscultés par des préposés anonymes parfaitement inconnus des requérants.
Au caractère abruptement intrusif de cette procédure qui fournit son premier embrayeur à
Intégration, un second s'entrelace. Il est lié à la formation artistique que tant de danseurs
européens reçoivent, où l'omniprésence des techniques dites release forme l'équivalent pour les artistes chorégraphiques d'aujourd'hui de ce que le poète Mallarmé qualifiait en son temps de « langue de la tribu »: une pratique normative – celle du phénomène d'éviction systématique des tensions, qui suppose une raison des gestes alignée sur un ordre réglé, d'autant plus efficace qu'il tait son nom et demeure ininterrogé. Au titre du fossé qui existe entre la violence de la machinerie anonyme de l'administration et l'idéal de « relâchement » visé par ces techniques quant aux corps des « danseurs contemporains », il semble que le genre de la satire soit le mieux désigné pour alimenter la fiction chorégraphique qu'Intégration vise.

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pause déjeuner
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14:00 Salle M
Pascal Rousseau, Mind Control. Art et emprise psychique au XXe

Il y sera question de fascination, d’emprise et de systèmes d’influence dans les pratiques artistiques du XXe. Cette intervention traitera des recherches en cours de Rousseau qui viennent s'inscrire dans la prolongation de son travail sur l'art et la télépathie ou l'utopie d'une communication directe dans l'art du XXe siècle et de son exposition « Cosa mentale. Les imaginaires de le télépathie dans l'art du XXe siècle » qui se tient au Centre Pompidou – Metz jusqu'au 28 mars 2016. Cette exposition retrace l’histoire d’une utopie méconnue et pourtant majeure des avant-gardes du XXe siècle : le devenir télépathique de l’art à l’ère de la révolution immatérielle des télécommunications et montre comment ce fantasme d’une projection directe de la pensée, balayant les conventions du langage, aura un impact considérable sur la naissance des premières formes d’abstractions. Cette idée d’un devenir télépathique, omniprésente dans l’univers de la science-fiction, a refait surface dans l’art psychédélique et conceptuel des années 1960-70, avant de resurgir aujourd’hui dans des pratiques contemporaines envoûtées par les technologies de la « connaissance partagée » et l’essor des neurosciences.

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pause
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16:00 Salle M
Latifa Laâbissi et Christophe Wavelet, en conversation

Pièces, installations, conférences performées, collaborations pluridisciplinaires : mêlant les genres, réfléchissant et redéfinissant les formats, le travail de Latifa Laâbissi cherche à faire entrer sur scène un hors-champ multiple ; un paysage anthropologique où se découpent des histoires, des figures et des voix. Les codes de la danse y sont bousculés par des corps récalcitrants, des récits alternatifs, des montages de matériaux par où s’infiltrent les signes de l’époque. À rebours d’une esthétique abstraite – elle va extraire des débuts de la modernité une gestualité fondée sur le trouble des genres et des postures sociales : un travestissement des identifications qui révèle la violence des conflits dont le corps est l’objet, et en renvoie une image grimaçante. Creusant les liens souterrains entre histoire des représentations et imaginaire collectif, la figure lui sert d’outil pour exposer les symptômes du refoulé colonial, et retourner contre elle-même la brutalité des mécanismes d’aliénation qu’il produit. Pour Latifa Lâabissi l’acte artistique implique un déplacement des modes de production et de perception : la transmission, le partage des savoirs, des matériaux, et la porosité des formats sont inséparables du processus de création.
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suivi de la projection de :
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Anri Sala, Long Sorrow (2005)
avec Jemeel Moondoc, saxophoniste

Il s’agit davantage d’une situation montée de toutes pièces plutôt que d’une structure narrative. Il s’agit davantage d’une succession de situations nuancées, colorées par des moments de tension, des gestes et de la musique qui suscitent en vous des sensations. Le lieu en question est Märkische Viertel, quartier du nord de Berlin caractérisé par ses immeubles gigantesques, à deux pas de l’emplacement du mur. Construit entre 1965 et 1974, on l’a présenté comme un nouveau concept d’habitat. Les idées architecturales employées étaient inédites à l’époque et étaient censées encourager un sentiment de communauté, sous le slogan « l’urbanité par la densité ». La construction débuta immédiatement après que Berlin-Ouest se retrouva isolée par le mur. La partie occidentale de la ville devait désormais composer avec une population trop importante et un espace trop restreint.
Les premiers habitants s’installèrent dans ce quartier entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Les familles ouvrières ont toujours vécu dans ce quartier. À la fin du projet en 1974 (près de 17000 appartements furent construits), la presse s’indigna contre ce qu’elle considérait comme un ghetto maquillé sous un vernis social et architectural. On dit de certaines photographies de presse publiées à l’époque qu’elles étaient mises en scène. Un immeuble du quartier, le plus long de tous (1,8 km), a été surnommé « Lange Jammer » (Long désespoir) par les habitants. L’appartement où a eu lieu le tournage se trouve au dernier étage.

Long Sorrow est un requiem pour la fin des rêves. Son protagoniste est le célèbre saxophoniste de jazz Jemeel Moondoc. Dans le film, les improvisations du musicien afro-américain bâtissent une cathédrale sonore imprégnée d’un sentiment de tension croissante.

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pause
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18:30 Salle M
Rencontre avec Jorge León, cinéaste, George van Dam, compositeur et Isabelle Dumont, dramaturge.
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en collaboration avec Le P'tit Ciné.
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La masterclass s’organisera autour des questions que pose l’adaptation cinématographique et musicale de la correspondance d’emails échangés entre le psychanalyste français Jacques-Alain Miller et la psychanalyste iranienne Mitra Kadivar, internée de force dans un hôpital psychiatrique à Téhéran en 2013. Jorge León s’empare de ces échanges digitaux pour explorer la dimension mythique du drame réel vécu par Mitra et questionner cette frontière ténue qui sépare la raison de la déraison.

Cette masterclass sera l’occasion d’assister à une réflexion sur un travail d’écriture en cours tant d’un point de vue cinématographique que musical. A l’aide d’extraits de séquences déjà filmées et d’explorations sonores, nous plongerons dans les méandres d’un processus de création où des emails, sans vocation littéraire initiale, deviennent la source d’inspiration pour la création d’un ciné-opéra documentaire.

Cette leçon s'inscrit également dans le cadre d'un cycle de masterclass spécifiquement consacré à la mise en scène de la musique dans le cinéma documentaire, organisé au cours de la saison 2015/16 par Le P'tit Ciné et DVDoc, et soutenu par la Sabam.
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Béla Tarr, Le Cheval de Turin, 2011
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mardi 9 février 2016, Bozar, Salle M
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9:30 Salle M
Gediminas et Nomeda Urbonas, Psychotropic House : Zooetics Pavilion of Ballardian Technologies & Rikke Luther, The Learning Site et Jaime Stapleton

Psychotropic House: Zooetics Pavilion of Ballardian Technologies construit une réalité en employant des idées inspirées de la technologie vivante décrite par l’écrivain de science-fiction J.G. Ballard dans son recueil de nouvelles Vermillion Sands (1971). La plupart de ces technologies façonnent un point de vue critique vis-à-vis des sciences, visions et inventions naturelles et biotechnologiques contemporaines.
Psychotropic House… est une expérience visant à articuler la Zooetics*, notion en cours d’élaboration destinée à explorer de nouvelles approches du savoir humain – les méthodes scientifiques et l’infrastructure institutionnelle –, d’entreprendre des recherches auprès d’autres formes de vie – des mammifères aux mollusques en passant par les microbes –, et d’imaginer des conceptions, des prototypes et des interfaces pour de futures écologies inter-espèces. Étalé sur cinq ans, ce projet propose une réflexion sur la confluence de la fiction et de la technologie pour la future communication inter-espèces. Il puise dans les ressources de la recherche artistique, technologique et scientifique ; il développe des prototypes et des modèles, des formats pédagogiques et discursifs. Le projet Zooetics est piloté par Nomeda et Gediminas Urbonas, artistes, en collaboration avec Tracey Warr, écrivain, et Viktorija Siaulyte, chercheuse.
Zooetics entend chercher au-delà du biomimétisme ou de la durabilité ; il imagine les défis futurs de l’ère anthropocénique et posthumaniste. L’Anthropocène a vu l’espèce humaine infiltrer tous les aspects de la planète – son climat, son sol, son air, son eau, son avenir. Les extinctions de masse d’un grand nombre d’espèces sont l’une des conséquences possibles du réchauffement climatique. Zooetics effectue des recherches pour accroître nos connaissances des autres espèces afin de redresser l’équilibre et de s’éloigner de l’anthropocentrisme. S’il nous est impossible d’établir une communication directe avec d’autres espèces, nous sommes capables d’observer et d’apprendre grâce à la proximité, telles celles qui dans la durée entretiennent les gardiens de zoo, agriculteurs, pécheurs, spécialistes du comportement animalier, chasseurs, gardes forestiers ou propriétaires d’animaux de compagnie avec d’autres espèces. Nous partageons déjà nos logements et nos villes avec les araignées, les souris, les vers du bois, les acariens, les puces, les moustiques, les cafards, les mouches, les microbes et les bactéries. Nos villes et leurs interstices sont également colonisés et utilisés par des espèces invisibles : le renard et le lapin des villes, les oiseaux de proie pour qui les autoroutes deviennent des terrains de chasse, les oiseaux se servant des courants ascendants produits par la circulation pour naviguer, les hiboux faisant leur nid dans les aéroports.
Nous avons déjà adopté le biomimétisme en nous inspirant d’autres espèces pour améliorer l’efficience de nos réalisations. Nous pourrions cependant aller plus loin et imaginer une forme d’empathie envers toutes les formes de vie non humaines – avec une interprétation du terme suffisamment étendue qui engloberait non seulement les mammifères, mais aussi les oiseaux, les insectes, les poissons, les reptiles, ainsi que les plantes, les arbres, les rochers, l’air, l’eau et la planète elle-même, toute la vie. Les systèmes interconnectés, les mutualismes, les parasitismes et les adaptations environnementales d’autres formes de vie renferment encore bien des enseignements et des modèles à imiter.
Le programme Zooetics tire son inspiration initiale du territoire du campus universitaire qui jouxte le zoo national de Lituanie. Une présentation de la recherche de Zooetics – le Zooetics Pavilion – est installée sur cette frontière à titre spéculatif, afin de brouiller et d’associer les sphères séparées des savoirs humain et non humain.

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pause
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12:00 Salle M
Michael Frayn, Copenhague, conférence de Michel Bitbol

« Analysant ses pièces de jeunesse, Frayn écrivit un jour “qu’elles ont trait, d’une manière ou d’une autre, de la manière dont nous imposons nos idées au monde qui nous entoure”. Et ce conflit entre l’univers objectif et nos tentatives souvent futiles de lui donner une structure et un ordre personnels traverse son œuvre.
Située dans des limbes désolées, Copenhagen (1998) explore les propos qu’auraient pu échanger le physicien nucléaire allemand Werner Heisenberg et Niels Bohr lorsque le premier rendit une visite mystérieusement peu concluante à son ancien professeur dans l’Allemagne nazie en 1941. Heisenberg était-il en quête de savoir ou d’absolution ? A-t-il tenté de convaincre son ainé d’intégrer le programme nucléaire allemand ou a-t-il au contraire cherché à le mettre en garde ? La pièce s’inscrit dans le prolongement logique de toutes les œuvres antérieures de Frayn. Il ne s’agit pas d’un simple thriller cérébral sur la physique nucléaire, ni d’une moralité sur la responsabilité scientifique. Elle constitue de surcroît une méditation profondément émouvante sur l’incertitude des motivations humaines et le mystère infini d’un univers que nous nous efforçons en vain de comprendre. »
(Michael Billington)

Et le scientifique et philosophe des sciences Michel Bitbol d'écrire à propos de Copenhagen, « Le deuxième thème que je souhaite aborder est celui de l'anthropocentration. Le personnage de Bohr résume le tournant philosophique accompli durant les années de formation de la mécanique quantique en s'exclamant "On a remis l'homme au centre de l'univers". Cette phrase provocante recueille des indications dispersées dans l'œuvre de Bohr et de Heisenberg. Les titres de deux ouvrages de Bohr renvoient à la connaissance humaine plutôt qu'à l'image du monde. La tâche qui y est assignée au physicien consiste à ordonner les connaissances humaines plutôt qu'à découvrir un ordre naturel. La physique a à s'ériger en science des rapports qu'entretient l'homme avec la nature, plutôt qu'en science d'une nature "en soi". L'homme, écrit Bohr repris par Heisenberg, n'est plus un spectateur décentré mais l'acteur central dans "le théâtre de la vie". ? La phrase de Bohr apparaît par là s'opposer point par point à l'image de l'homme perdu dans un univers infini, privé de centre et de sens, qui terrifie les interlocuteurs du Galilée de Bertolt Brecht. Le rôle constitutif de l'homme bohrien semble bien être aux antipodes de son rôle copernicien décrit par Brecht: "(...) terrestre, pitoyable, sur un astre minuscule, dans la dépendance de tout, autour duquel rien ne tourne" . Mais en va-t-il bien ainsi? Dans quelle mesure peut-on attribuer à Bohr une position néo-ptoléméenne face au copernicanisme de Galilée? Et d'abord quelles précautions doit-on prendre lorsqu'on transpose les qualificatifs "néo-ptoléméen" et "copernicien" de l'astronomie à la théorie de la connaissance?»
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pause déjeuner
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14:30 Salle M

Fernand Deligny
Projection de Ce gamin, là, 1975, un film de Renaud Victor, légende de Fernand Deligny (88 min, n/b)

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suivie de la conférence de :
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16:00
Catherine Perret, A propos d’un “geste nôtre”

En 1967, après trente années d’expériences dans les institutions d’aides à l’enfance inadaptée Fernand Deligny part dans les Cévennes sur les pas d’un enfant autiste Janmari. Il y est rejoint par quelques jeunes adultes passionnés par ses expérimentations institutionnelles. Il y reçoit jusqu’à sa mort, en 1996, des enfants souffrant d’autisme infantile précoce ou jugés incurables. “Nous sommes partis, écrit-il, à la recherche de ce qui nous rendait invisibles aux yeux de ce gamin-là; invisibles, pas tout à fait.”
Pour donner corps à ce “pas tout à fait”, pour lui donner vie, Deligny invente avec ses compagnons une manière inédite de faire société loin du langage, et de tout ce qui va avec la communication langagière : le besoin de comprendre et de se comprendre, le miroir de l’autre et l’amour du semblable.
Là où il n’y a pas de mots, un réel surgit, réglé par la coïncidence. Des traces, des rythmes, des formes qu’il faut enregistrer pour qu’à défaut d’espace partagé sédimente une mémoire commune, une mémoire de gestes et d’images. Du conte au cinéma, du théâtre à la cartographie, Deligny mobilise tous les registres de l’art et tous les medias possibles. Il invente ainsi, le temps de l’expérience, des outils inédits pour se souvenir en commun de ce qui n’a pu être vécu ensemble.

Catherine Perret s’intéressera dans cette conférence au film Ce gamin, là et à la manière dont l’usage fait par Deligny de la caméra sert d’amorce et de révélateur à ce qui peut “avoir lieu » là, entre deux corps captifs d’espaces qui s’ignorent et de modes d’être qui s’excluent : celui de l’enfant autiste, d’un côté, celui de l’adulte en présence proche, de l’autre et qui, soudain, participent d’un geste devenu “nôtre”.
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pause
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19:00 Salle M
Béla Tarr, Le Cheval de Turin
2011, film, 2h26, sous-titres français

« Un cinéaste fait toujours le même film, dit-on. Entre son premier long métrage, Nid familial, réalisé en 1977, et Le Cheval de Turin, le Hongrois Béla Tarr est certes passé de l'ère communiste à celle d'après, de la ville à la campagne désolée, du gros plan à l'épaule aux larges travellings à la grue... Pour autant, comme le souligne Jacques Rancière dans Béla Tarr, le temps d'après (éd. Capricci, 2011), ses films tracent inlassablement le même mouvement, "un voyage avec retour au point de départ".
Lors de sa présentation à Berlin en février 2011, le cinéaste a annoncé que Le Cheval de Turin serait le dernier film de sa carrière. Avec le générique de fin, on comprend pourquoi. Après avoir déployé ce mouvement, dont parle Rancière, avec une ampleur symphonique dans Satantango ou Les Harmonies Werkmeister, il travaille ici son motif au plus près de l'os. Qui a vu ses films sait à quel point on en sort terrassé, le souffle coupé par l'extraordinaire puissance d'évocation de ses plans-séquences en noir et blanc et par le pessimisme absolu avec lequel il dépeint l'humanité. La folie terrifiante du Cheval de Turin tient au fait que l'auteur y pousse sa logique jusqu'à un point de non-retour, radicalisant une démarche artistique qui passait pour le parangon de la radicalité cinématographique. (…) Le film commence pourtant par une note d'humour. Noir, certes, mais qui sert à concentrer l'attention sur une anecdote, laquelle, pour être grave, n'en est pas moins amusante. Il s'agit d'un incident qui aurait bouleversé la vie de Friedrich Nietzsche. Alors qu'il effectuait un trajet en calèche, le cheval a cessé d'avancer. Incapable de le remettre en marche, le cocher a battu la bête, ce qui suscita chez le philosophe un élan de compassion. Nietzsche se pendit au cou de l'animal et passa ensuite les dix dernières années de sa vie dans un état de démence légère. (...)
C'est sur le cheval, véritable héros du film, comme en atteste un sidérant gros plan qui continue de vous hanter après la fin de la projection, que se manifestent les premiers signes de la malédiction. Opposant à l'homme sa subjectivité muette et le mystère de son irréductible altérité, l'animal cesse de s'alimenter. Ce refus opaque résonne avec l'histoire de Friedrich Nietzsche, suggérant la vanité de toute volonté de puissance, et par là, de toute entreprise humaine. Comment après cela Béla Tarr pourrait-il faire un autre film ? » (Isabelle Regnier, LE MONDE | 29.11.2011)

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Tacita Dean, Event for a Stage, 2015, Location photograph. Photography Zan Wimberley.
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mercredi 10 février 2016, Bozar, Salle M
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10:00 Salle M
Dominique Lambert, Archives Georges Lemaître

En cette année du 50e anniversaire de la mort de Georges Lemaître, nous donnerons un aperçu de la vie et de l'œuvre de celui qui peut être considéré comme le "père du Big Bang". Georges Lemaître était un grand scientifique, ami d'Einstein, mais il était aussi un prêtre. Nous verrons comment il conciliait, sans confusion ni séparation, la science et la foi. Lemaître avait aussi des intérêts pour l'art: la musique et la littérature. Nous découvrirons comment, chez ce grand physicien à la personnalité humaine attachante, les recherches en cosmologie peuvent aller de paire avec une lecture de Molière.
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11:30 Salle M
Santiago Borja, Suprasensible : projet sur les corps astraux et les plans invisibles

La proposition de Santiago Borja avec Suprasensible: projet sur les corps astraux et les plans invisibles, montrée au Pavillon Mies van der Rohe (Barcelone), se base sur des recherches entreprises récemment, portant sur les références historiques au début du modernisme et l’influence qu’ont eue sur lui les pratiques ésotériques du début du XXe siècle. Pour Borja, le développement de l’architecture moderne et le langage employé pour l’interpréter et la théoriser portent les traces de ces influences, qui sont les plus visibles dans les axes d’analyse dominant, notamment la phénoménologie. En se servant d’outils propres aux arts visuels, il décèle une connexion entre l’architecture et l’ésotérisme, qui constitue pour lui le signe que la modernité a été davantage inspirée par le mysticisme et la spiritualité que pas la promotion de la rationalité. Il localise la source de ces pratiques ésotériques, qui cherchaient à insuffler un sens différent à la vie, comme une naturelle à l’avènement de l’industrialisation et de la mécanisation à la fin du XIXe siècle. La résurgence de ces mêmes pratiques aujourd’hui peut s’avérer une réponse aux mêmes contraintes que nous impose la vie moderne.
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pause déjeuner
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14:00 Salle M
Archives coloniales, recherches en cours

En collaboration avec le Musée royale d'Afrique centrale, Tervuren

Introduction par Guido Gryseels, directeur et Patricia Van Schuylenbergh, chef du service histoire et politique, MRAC
Interventions de Aglaia Konrad, Raphaël Pirenne, Alexander Schellow, Anna Seiderer, Patricia Van Schuylenbergh et Grace Winter.

Un groupe de recherche réunissant des artistes, des théoriciens de l’art et des conservateurs présentera les premières esquisses d’une recherche menée sur certaines archives photographiques et films réalisés entre la fin du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle au Congo, au Rwanda et au Burundi. Il s’agit d’explorer collectivement ces images conservées au musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), afin d’en renouveler les regards et la portée grâce à un partenariat établit entre l’erg, le MRAC et l’Université Paris 8.
Deux thèmes de recherche sont développés simultanément, le premier porte sur le geste esthétique et politique des images, interrogeant les processus d’élaboration, les sujets représentés, l’exégèse qui en est faite mais aussi le geste de ré-appropriation engagé par les artistes ; le second se concentre plus spécifiquement sur les films inédits d’Olga Boone, qui a dirigé la section d’ethnographie du MRAC de 1930 à 1970 et qui a été la première femme ethnologue du musée à avoir fait des missions de terrain en Afrique centrale.
Les interventions présenteront les premières pistes de recherche esquissées par ce groupe de travail et les enjeux artistiques et épistémologiques qui en découlent.

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pause
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19:00 Salle M
Sylvain Prunenec, Oleg Mimosa

Oleg Mimosa (2006) est l’adaptation par Sylvain Prunenec du solo Room de Deborah Hay. Selon les termes du contrat passé avec la chorégraphe, la partition, transmise oralement, a été “performée”, traversée une fois par jour pendant les trois mois précédant la première représentation publique, l’adaptation se révélant d’elle-même progressivement à l’interprète.
La pièce et son interprétation sont fondées sur le principe de la Wholegg Theory (Théorie de l’oeuf entier) établie à la fin du 19e siècle par l’ornithologue allemand E. G. Ovum et qui a trouvé, au cours du XXème siècle, des développements dans les domaines de la philosophie et des arts, notamment chorégraphiques.
Pour Deborah Hay, la Wholegg Theory se base sur une métaphore complexe dans laquelle l’espace de la performance est imaginé comme ayant la forme d’un oeuf. Les spectateurs sont à la fois à distance et reliés au coeur de la performance (le jaune) par un espace recourbé, englobant une matière organique et flexible (l’albumine). La nature de ce système et sa dynamique sont définis comme “multicellulaire centré”. À partir de cette théorie, s’ouvre un espace pour des tendances radicales, connues sous les termes de danse pochée, dure ou battue.

Durée : 25 min.
Chorégraphie : Deborah Hay
Adaptation et interprétation : Sylvain Prunenec
Production : CNDC - Angers
Coproduction : Les subsistances - Lyon, Centre G. Pompidou - Paris, Centre national de la danse - Pantin, Festival d’Automne à Paris

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suivi de :
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Tacita Dean, Event for a Stage
2015, 50min, english, transcription en français

Tacita Dean avec l’acteur Stephen Dillane (The Hours, Game of Thrones), ont présenté une performance théâtrale live quatre soirées de suite à la Biennale de Sydney, filmée chaque fois par deux caméras 16mm. Dillane changeait d’apparence chaque soir et, saisissant des pages des mains de Dean qui était assise au premier rang, récitait Shakespeare, des textes populaires et des histoires personnelles tout en annonçant les déplacements de caméras et changements de bobines. Dean est revenue sur ce scénario tendu et a monté le matériel filmique selon une logique systémique qui avait émergé au cours de la performance sérialisée, inscrivant les changements de temps et d’espace, illustrant et actualisant une forme d’intense chorégraphie. William Fowler, 59th BFI London Film Festival

Réal.-Prod.-Scén. Tacita Dean. Avec Stephen Dillane. Angleterre-Allemagne 2015. 50min. Commandité par Carriageworks et la 19e Biennale de Sydney en partenariat avec ABC RN avec le soutien de Frith Street Gallery, Londres and Marian Goodman Gallery, New York/Paris
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21:00 Salle M
Between the frames. Japanese experimental film: prolific years 1975-1980
Proposé et présenté par Koyo Yamashita, en conversation avec Julian Akira Ross

Le cinéma expérimental japonais a connu un essor à la fin des années 1960 pour atteindre son point culminant au terme de la décennie suivante. Sous l’influence de ses prédécesseurs – tels les documentaires d’avant-garde et les longs métrages artistiques de Toshio Matsumoto – une nouvelle génération de réalisateurs est apparue à cette époque. Bon nombre d’entre eux étaient fascinés par la mécanique des images en mouvement. Ce programme met en lumière ce chapitre singulier de l’histoire du cinéma expérimental japonais, avec deux œuvres capitales en guise de points de repère : Atman (1975) de Toshio Matsumoto – qui parvient à créer une extraordinaire sensation spatio-temporelle propre à l’expérience cinématographique – et le plus beau produit de son influence, Spacy (1981) de Takashi Ito. La quasi-totalité des films présentés dans ce programme, sous-estimés au Japon comme à l’étranger, n’a jamais été numérisée. Il s’agit donc d’une opportunité rare de découvrir ces films en 16 mm et d’interroger l’histoire du cinéma.

Atman / Toshio Matsumoto 1975/16mm/11 min
My Movie Melodies / Jun’ichi OKUYAMA 1980/16mm/6 min Dutchman’s Photograph / Isao KOTA 1974/16mm/7 min/muet
Switchback / Nobuhiro KAWANAKA 1976/16mm/9 min
Film Display / Shunzo SEO 1979/16mm/5min/muet
Heliography / Hiroshi YAMAZAKI 1979/16mm/6 min
WHY / Keiichi TANAAMI 1975/16mm/11 min
Hikari / Nobuhiro AIHARA 1978/16mm/3 min
Still Movie / Yoichi NAGATA 1978/16mm/3 min/muet
Xénogénèse / Akihiko MORISHITA 1981/16 mm/ 7 min
Spacy / Takashi ITO 1981/16 mm/10 min

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mardi 9 et mercredi 10 février 2016, Bozar, salles Terarken
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ANRI SALA

AIR CUSHIONED RIDE
(2007, vidéo, couleur, son, 6 min)

Ce que je nomme le lieu est un endroit où l’on se souvient avoir été. Un lieu n’est pas uniquement composé par l’espace, il est aussi fait de temps et conserve ses qualités propres, qu’il s’agisse de son architecture, de sons ou d’événements. Certains endroits sont dépourvus de bâtiments ou de dates à se remémorer mais produisent néanmoins leur propre bande sonore.
Tandis que je traversais l’Arizona en écoutant de la musique baroque sur l’Arizona Public Radio, je me suis arrêté dans une aire de stationnement pour poids lourds. À mesure que je me rapprochais tout en décrivant des cercles autour des camions, les ondes radio d’une station inconnue ont commencé à diffuser de la musique country par-dessus la musique de chambre que j’écoutais. On appelle ce phénomène « modulation croisée » ou « rayonnement non essentiel ». Les différentes ondes radio s’intervertissaient à cause des camions garés, lesquels redirigeaient un morceau de musique qui venait en interrompre un autre. Lorsque je décrivais un cercle complet, la musique changeait à plusieurs reprises, toujours aux mêmes endroits. Lorsqu’un poids lourd s’en allait, il ouvrait une nouvelle brèche dans le « mur de camions », créant une nouvelle modulation croisée potentielle.

Dans A SPURIOUS EMISSION, les sons enregistrés ont été transposés et arrangés sous forme de partition pour un trio baroque et de la musique country. La partition est interprétée par un clavecin, une gambe et une viole, subitement interrompus par une guitare, une basse et une batterie. La vidéo a été retouchée afin de faire apparaître un batteur qui se trouvait initialement en dehors du cadre.
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Coordination : erg (école supérieure des arts), Bruxelles
Information : sammy.del.gallo@erg.be